DES PAYS, DES MAISONS ET DES HOMMES®
Note d'intention du réalisateur

 

Qui n'a jamais été frappé en regardant par la fenêtre d'un train ou d'une voiture lancée à pleine vitesse sur une de ces autoroutes qui traversent la France de la beauté des paysages aperçus? Parfois, ce spectacle résonne comme un appel, qui nous donne presque envie de sauter en marche. Alors, on se retourne pour ne pas perdre des yeux ce village niché au creux d'une vallée, pour essayer d'apercevoir à nouveau cette belle maison de pierres, ou contempler encore ce paysage dont on s'éloigne déjà. Et puis, on pense aux hommes et aux femmes qui vivent là. Ceux d'aujourd'hui, que l'on aperçoit au loin ou dont on devine la présence à leurs traces ; et ceux d'hier qui, lentement, à travers les âges, ont façonné ce paysage qui nous émeut et évoque pour bon nombre d'entre nous des souvenirs enfouis
Mais le train entre dans un tunnel et la route redevient dangereuse. Alors, avec un dernier regard vers ceux qui restent, on se dit que peut-être, un jour, on reviendra.

Je voudrais que les films de la collection Des Pays, des Maisons et des Hommes nous permette de revenir, par d'autres routes, moins rapides et moins évidentes. Par des chemins où chaque pas compte. Les chemins de nos campagnes, de ces pays, de ces bâtiments et des hommes qui les ont construits et habités, à leur image.
A quoi ressembleront demain nos campagnes, quand ils n'y seront plus?
La France a bien changé depuis la Gaule décrite par Jules César. Les champs ont depuis gagné sur la forêt mais, aussi brutales qu'elles aient pu paraître, les modifications se sont faites de façon lente et progressive, c'est à dire à la mesure de l'homme. Le paysage français est un paysage à visage humain, qui se confond intimement avec ceux qui l'ont cultivé, parcouru et habité. Ce n'est pas un espace sauvage ni «naturel».
Comprendre et filmer le pays, sentir le temps qui passe, c'est donc aussi découvrir le visage de l'homme qui l'habite... Je veux que chaque documentaire de la collection Des Pays, des Maisons et des Hommes reste le regard d'un «enfant du pays», lui qui nous révèle et nous entraîne dans l'intimité des choses, des petites heures du monde. Se sentir chez soi dans un pays où l'on n'est pas né ? Et pourquoi pas... dans cette France qui depuis les premières civilisations néolithiques est un carrefour d'influences, d'échanges, de métissages? Écoutons les voix de ces hommes et ces femmes qui se souviennent encore. La clé est cette humanité que nous avons en commun.

Aujourd'hui, l'intérêt des Français pour le patrimoine rural et le bâti ancien des régions ne cesse de croître, et avec lui une volonté légitime de savoir et de comprendre. La question n'est plus l'affaire de spécialistes et l'on redécouvre maintenant ces maisons que l'on avait, un temps, oublié.
Pourtant, on ne peut comprendre un bâtiment ancien si l'on ignore les techniques et les savoir-faire qui ont présidé à son édification. On ne peut le lire si l'on n'en connaît pas le langage. On ne peut le conserver si l'on ne sait l'entretenir. Il n'y a qu'à se promener dans la campagne française pour en faire l'amère constatation.
S'il reste difficile de restaurer ou de faire restaurer un bâtiment ancien, particulièrement quand il n'est ni classé ni inscrit, comment éviter que l'aventure ne se transforme en véritable parcours du combattant ?Le candidat à la restauration se retrouve toujours confronté aux mêmes questions et doit tenter de faire la part des informations souvent contradictoires qu'il reçoit. Les artisans et les architectes sont souvent les premiers à qui nous nous adressons. Peu, pourtant, connaissent encore les techniques et l'esprit du bâti rural ancien. Comment s'y retrouver? Comment ne pas s'égarer entre la volonté de restaurer dans les règles, en respectant le bâtiment, et la réalité quotidienne des savoir-faire «traditionnels» qui se perdent, de l'architecture rurale locale et du patrimoine des pays qui disparaissent faute de fonction? La volonté de vouloir comprendre et choisir les matériaux compatibles, mais aussi de retrouver ceux, locaux et de proximité, qui donnent leurs caractères à nos maisons?
Répondre à ces attentes est aussi l'objectif des documentaires de la collection Des Pays, des Maisons et des Hommes. Nous fournirons des informations «techniques» claires, sérieuses et documentées. Les chantiers nous permettront d'assister à la mise en œuvre des savoir-faire adaptés, car c'est ici que commence la connaissance des gestes. Le travail de la matière apporte, à celui qui s'y exerce, une si remarquable sensibilité que chaque outil, chaque mouvement devient une émanation de l'esprit, de l'intelligence. De tels hommes et de telles femmes sont rares. Certains, âgés, détiennent encore un savoir-faire qui n'est plus partagé que par quelques uns. D'autres, plus jeunes, forment déjà de nouveaux apprentis.
J'ai toujours été fasciné par les connaissances et l'intelligence de ces artisans qui s'adaptent à chaque fois de manière différente aux chantiers qu'ils ont à mener. Eux, qui respectent les bâtiments comme s'ils s'agissaient d'anciennes personnes.
Pour peu que l'on prenne le temps de chercher, on découvrira vite qu'il reste encore des artisans qualifiés, passionnés et respectueux. Chaque région de France est riche d'initiatives et de réalisations concrètes pour valoriser le patrimoine de proximité et faire revivre, en les pérennisant, métiers, techniques et savoir-faire locaux.

Quelle magnifique aventure et quel splendide voyage! Pour lesquels il suffit simplement de baisser le regard et d'arrêter de deviner au loin. L'avenir ne commence pas à l'horizon mais bien à nos pieds, sur ce sol et sur cette terre qui nous permettent d'avancer, pas à pas,  à une allure qui nous ressemble. De devenir sans détruire ni renier le passé. A l'heure de la mondialisation et de l'unification, le patrimoine bâti de nos campagnes est aussi un gage de nos différences, de notre richesse et de nos libertés. Un patrimoine dont la proximité est aussi celle du cœur, notre héritage à reconquérir et à sauvegarder.

 

Fabien Ferreri - septembre 2006

 

 

1. 2. 3.

Dans le pigeonnier, les oiseaux nichent dans les boulins, trous aménagés dans les parois. Une échelle tournant sur un axe central permet d'y accèder et d'attraper les pigeonneaux, seuls à être ensuite engraissés puis mangés.

1. Plan circulaire, boulins formés par des vases en terre cuite.
2. Plan carré, boulins en cases de pierres.
3. Plan circulaire, boulins et corniches en pierres.

 

 

A Messigny-et-Vantoux, en Bourgogne, Roger Vandevenne nous parle des pigeonniers de Côte-d'Or.

© Les Films dans la Lune - 2007

 

« Regarder la maison

mais regarder pour VOIR, c'est la meilleure façon de progresser dans la connaissance de l'Homme. Se perdre dans le réseau mystérieux des vieux chemins, en dehors des voies rapides et rectilignes qui rabotent les reliefs et gomment les différences, pour tomber, tout à coup, sur l'habitation ancienne, adossée à un repli du terrain, voilà comment on peut connaître le pays et l'homme qui l'habite. »

Henri VINCENOT

© Les Films dans la Lune